Le Rayonnement Du Français Dans La Mondialisation

El UEA-vikio
Iri al: navigado, serĉi
Le rayonnement du français dans

la mondialisation
Vendredi 17 octobre 2003
Espace Landowski à Boulogne-Billancourt
Colloque sous la présidence de Son Excellence Raymond Chrétien,
Ambassadeur du Canada en France. Denis Pourchet, Président de l’O.I.L.F.
(Observatoire international de la langue française). Langue utilisée : le Français.
Participants : environ 250 des pays de l’espace francophone. Thèmes : Assurer la
diversité linguistique face à la mondialisation. Les politiques de rayonnement
linguistique et culturel du français. Le rayonnement du français dans la mondialisation :
stratégie globale et partenariats.
Sixième Congrès de l’Union Espérantophone Européenne
Bilbao (Espagne) du 25 au 29 août 2004
Langue de travail et d’échange : l’Espéranto.
Thème central : Europe multilingue, pluriculturelle et multipolaire. Situation
linguistique de l’Europe Participation : 241 congressistes de 21 pays.
Symposium international
Vienne, Autriche - 7 au 9 octobre 2004
Österreichiste Nationalbibliotek – Bibliothèque nationale
Langues de travail et d’échange : Espéranto pour 90%. Allemand pour les
intervenants ne pratiquant que l’Allemand (avec interprétation).
Thème général : Le monde a besoin en même temps d’un nouvel ordre
linguistique et d’un nouvel ordre social : ces deux tendances sont confluentes.
Participation : Allemagne, Angleterre, Autriche, Belgique, France, Hongrie,
Italie, Pays-Bas, Luxembourg, Slovaquie, Suisse, Tchéquie, USA.
Atelier Europe
Bruxelles - 22 octobre 2004
Thème : Europe et Multilinguisme – État des lieux. Quelle(S) langue(S) pour
l’Europe des vingt-cinq ? Langue de travail et d’échange : le Français.
Participants : Allemagne, Angleterre, Belgique, France, Luxembourg, Pays-
Bas. Intervenants : Cinq professionnels des langues, tous francophones,
certains bi et trilingues.
À ces quelques participations s’ajoute la préparation de la conférence de

Roland Breton à Limoges le 28 septembre 2005 à l’auditorium de la BFM.

Introduction

J’ai réalisé cette petite monographie parce que j’estime que le
débat sur les langues au sein de l’Union européenne et dans l’espace
de la grande Europe est d’actualité et ne peut plus être occulté. Son
titre : « Quelle(S) langue(S) pour l’Union européenne ? » reprend le
thème général de la conférence que Roland Breton a présenté le 28
septembre 2005 à l’auditorium de la Bibliothèque Francophone
Multimédia de Limoges ; la dite conférence a été organisée par la
Maison de l’Europe en Limousin dans le cadre de la journée
européenne des langues.
Après avoir participé à diverses rencontres internationales
consacrées au multilinguisme et à ses conséquences, j’ai réuni dans les
pages qui suivent divers commentaires sur la problématique des
langues, de leur rayonnement au sein des espaces géopolitiques et
sociologiques.
Les langues en Europe, voilà un sujet à la fois difficile et sensible
à plus d’un titre, mais qui sera de plus en plus porté par les nécessités
de la construction européenne et de son accessibilité pour tous ses
citoyens à la recherche de leur identité européenne.
Un autre constat, le multilinguisme dans le monde, richesse de
l’humanité, est une réalité que nous devons accepter et gérer ; il en est
de même du plurilinguisme en Europe ; notre tâche est de participer à
la recherche des réponses satisfaisantes.
La bibliographie citée en fin de la présente monographie aidera le
lecteur dans ses recherches.
Limoges, le 4 octobre 2005


Le constat général :

Nous sommes, nous, européens, responsables du déclin de nos langues,
nous n’avons pas su, en temps opportun, nous poser les bonnes questions pour
proposer les bonnes réponses. Nous avons dès lors laissé le champ libre à
l’expansion d’un anglais, ou d’un langage anglo-américain tel que nous le
connaissons aujourd’hui. Le Français, l’Allemand, et d’autres langues
européennes régressent dans le monde et surtout en Europe, alors que l’anglais
devient la langue de référence, considérée, par certains, comme la langue
internationale unique de travail et d’échanges.
Pourquoi un tel prestige de l’anglais ? Parmi les fonctionnaires des 10
nouveaux pays arrivants en 2004 pour les épreuves d’entrée au sein des
administrations européennes, 70% des candidats ont choisi l’Anglais, 30% se
sont répartis entre le Français, l’Allemand, aucun pour les autres langues
européennes ou une autre langue, ou pour leur propre langue, alors que l’anglais
ne leur était pas imposé ; ils disposaient du libre choix au moins entre les 20
langues officielles de l’Union. Pourquoi ? Telles quelles sont pratiquées, les
querelles linguistiques internes à l’Europe ont fait que l’anglais est perçu
comme le seul compromis pour les nouveaux entrants qui sont à la recherche
d’une cohérence pour une Europe forte.
Pour autant, si nous le voulons bien, le français n’est pas perdu, il faut en
faire un bon usage dans nos actes de tous les jours.
Il convient de rappeler que les organisations européennes et la Commission
même dans un passé récent ont agit contre leurs propres lois et règlements en
insérant dans leur avis de recrutement la mention « English natives speakers ».
L’anglais était ainsi proposé comme langue unique. Comment rappeler aux
responsables européens leurs obligations ? Cette pratique, contestée, a été très
vivement dénoncée.
Autre débat : désirons-nous une européanisation de l’Europe, c’est-à-dire
une Europe cohérente, ou une américanisation angliciste de l’Europe ? Dans
cette deuxième vision l’unilinguisme donne le droit à la seule économie de
marché en oubliant le culturel et le social.
Le constat de fait est qu’un certain nombre de hauts-fonctionnaires
conseillers au sein des instances européennes et de la Commission, mais aussi
de quelques États membres, ont admis l’hypothèse suivante :
- l’unilinguisme par le haut en proposant l’anglais comme seule langue pivot.
- le multilinguisme pour le bas, pour les « citoyens ».
C’est une approche et une conception qui tiennent peu compte des
citoyens ; au pire, elle les méprise, elle les ignore.


 Dès lors se pose la

question suivante : la diversité linguistique est une valeur
en soi ; les citoyens européens ne pourront respecter des lois et des dispositions
qu’ils ne comprendront pas, qui leur seront inaccessibles. Nous ne pouvons dès
lors espérer l’émergence d’une conscience et d’une citoyenneté européenne,
d’une authentique identité européenne.
Pouvons-nous concevoir une homogénéisation linguistique dans un monde
multipolaire ? Existe-il une réponse pour résoudre la communication au sein de
l’Europe ? Faut-il se contenter d’une seule langue ? Ou faut-il choisir le
multilinguisme ? Se pose dès lors deux autres questions : Quelles sont les limites
du multilinguisme au plan pratique ? La diversité linguistique telle qu’elle est
prônée par divers groupes est-elle le bon choix ?
Le versant économique de ce dossier doit non seulement nous interroger,
mais surtout nous inquiéter : Le British Council consacre des sommes
considérables pour la promotion de l’anglais dans le monde ; à ceci s’ajoutent
les diverses missions anglaises et américaines ; les alliances françaises présentes
dans 136 pays disposent-elles de moyens suffisants pour leurs 800 agences
réparties dans le monde ?
Autre constat : le monde a besoin en même temps d’un nouvel ordre
linguistique et d’un nouvel ordre social : ces deux tendances sont aujourd’hui
confluentes. Les promoteurs de l’anglais depuis longtemps l’ont fort bien
compris, et savent l’utiliser. À nous aussi d’en prendre conscience et de savoir
nous en servir pour l’Union européenne, et par extension, pour le monde.
Nous devons réfléchir à l’avenir écolinguistique de l’Europe, en percevant
les besoins réels des langues, surtout dans les espaces frontaliers pour le monde
du travail : intérêt du grand public, positions du patronat, enseignement bilingue
et multilingue dans ces espaces frontaliers. Cette seule approche pour autant ne
supprime pas les inquiétudes et les difficultés suscitées par l’actuelle situation
générale au sein de l’Union, mais aussi au sein des autres pays.
L’actuel ordre mondial de la communication :
Le monde a besoin en même temps d’un nouvel ordre linguistique et d’un
nouvel ordre social ; ces deux tendances sont confluentes. Ce constat nous invite
à construire un nouvel ordre mondial de la communication.
L’actuel ordre mondial de la communication renforce les inégalités
linguistiques, les discriminations linguistiques et dès lors ethniques et
culturelles, et est un obstacle majeur à l’équité culturelle, économique et sociale.
Mais comment construire un nouvel ordre mondial linguistique et de la
communication ? À elle seule cette question complexe appelle des réponses tout
aussi complexes. Pour mieux comprendre, analysons ce qui suit.


Europe et multilinguisme

Multilinguisme, plurilinguisme, multilatéralisme dans un monde
multiculturel et multipolaire
Il est difficile de connaître avec précision combien de langues existent et sont
parlées dans le monde ; même les plus éminents linguistes ont beaucoup de
difficultés à définir ce qu’est une langue et ce qui est seulement la ou les formes
dialectales de cette langue. Mais en nous référant aux excellents travaux réalisés
depuis cette dernière décennie nous pouvons affirmer que plus de 6 000 langues y
compris leurs formes dialectales existent et cohabitent actuellement dans le
monde.
La répartition des langues dans l’espace planétaire est très chaotique,
complexe, et les limites d’emprise géographique de chaque langue est quasi
impossible à préciser ; vraisemblablement un quart des hommes parle ce que nous
définissons le mandarin chinois sur le quinzième de la surface de la terre. En
Zambie, par contre, plus de trente langues bantoues y sont utilisées alors que
quatre de ces langues sont incompréhensibles de l’une à l’autre. Au sein de la
Communauté européenne nous avons utilisé six puis neuf langues officielles, puis
onze langues au sein de l’Union, puis nous en utilisons vingt depuis
l’élargissement de l’Union européenne à vingt-cinq pays depuis le 1er mai 2004 ;
nous comptons vingt et une langues officielles depuis l’adoption du gaélique le
lundi 29 août 2005 ; au sein de la grande Europe nous comptons plus de trois cent
langues et dialectes, de « patois divers » ; certains sont revendiqués avec force.
L’espagnol est la langue officielle de presque toute l’Amérique du sud à
l’exception du Brésil qui utilise le Portugais.
Les limites des nations et la couverture linguistique des langues coïncident
rarement ; l’identité des limites linguistiques et géographiques est presque
toujours exceptionnelle. La Belgique possède deux langues officielles, la Suisse
quatre, alors qu’un tiers des locuteurs de langue hongroise est à l’extérieur des
frontières de la Hongrie.
Ce qui précède ne sont que quelques exemples ; il est très difficile d’imaginer
une quelconque règle générale au sujet des langues puisqu’il existe une quantité
considérable d’exceptions d’un pays à l’autre, d’un continent à l’autre, et ceci
pour chaque langue et pour chaque pays. Cependant très peu nombreux sont ceux
qui ont la perception de ce chaos linguistique et se comportent comme s’il
n’existait pas, alors que ce chaos génère de considérables difficultés dans la vie de
tous les jours en affectant le comportement des hommes ; il est de surcroît à
l’origine de multiples conflits à caractère ethnique dans de nombreuses régions du
monde.


Nos sociétés sont

interculturelles, interreligieuses, interlinguistiques,
interdépendantes ; la vie politique internationale est nécessairement
multilatérale. Nous vivons tous les jours, sans nous en rendre compte,
l’interreligiosité, le plurilinguisme, le multilatéralisme dans l’interdépendance ;
des intellectuels et des théoriciens écrivent et parodient sur le sujet, alors que
cette situation n’est pas récente. Platon lui-même l’explique fort bien. Cette
situation de fait pose beaucoup plus d’interrogations qu’elle ne propose de
réponses simplistes. Ce constat implique aussi la coopération, la collaboration
renforcée des États, d’autant que les enjeux et les équilibres supranationaux des
grandes entreprises et des puissances économiques ont depuis longtemps
dépassé ces limites pour avoir bien compris ces réalités.
La majorité des hommes est considérée unilingue alors que nous sommes
tous quasiment bilingues (langue nationale et langue locale) ; il existe une
quantité significative de vrais bilingues principalement dans des régions comme
par exemple dans la République Sud-africaine où c’est une nécessité, mais aussi
dans d’autres pays. Les personnes qui utilisent fréquemment trois langues sont
très peu nombreuses, et celles qui maîtrisent plus de trois langues sont des
exceptions. Quoique presque tous les hommes savent parler, la maîtrise de base
d’une langue reste un talent particulier, analogue à celui du peintre ou du
musicien. Vraisemblablement la plupart des hommes ne se considère pas
concerné par le rayonnement de leur propre langue et de son devenir alors qu’ils
l’utilisent journellement dans sa forme la plus élémentaire.
Le multilinguisme traite de la diversité des langues et de la légitimité de
chacune d’entre elles d’être respectée quelle que soit l’importance numérique de
ses locuteurs. La supposée malédiction biblique n’est qu’un prétexte fallacieux
parmi d’autres, la diversité des langues et des cultures étant au contraire la source
de la richesse culturelle de l’humanité ; les différences linguistiques et culturelles
sont très nombreuses parce que le monde est vaste et sa géographie variée. Les
lieux, les climats, les ressources, tout cela implique des façons de vivre, des
nourritures, des habitudes diverses avec un impact direct sur l'éducation et la
culture, nos apparences et nos attitudes, nos modes de vie, la façon de nommer
les choses, les objets, les actes de la vie. C'est ainsi que naissent et se
maintiennent les différences, certaines discrètes, d'autres plus frappantes. Le
supposé chaos linguistique tant décrié par certains est donc un phénomène
naturel et réalise la richesse linguistique et culturelle du monde. La diversité
culturelle et linguistique revêt encore bien d'autres aspects, plus ou moins
discrets, plus ou moins voyants. Les défis, les enjeux sont de taille au début de ce
troisième millénaire au sein de l’incontournable mondialisation et les risques de
globalisation, d’uniformisation, de planification linguistique et culturelle qu’elle


pourrait entraîner, ou du moins

suggérer, d’autant que le grand public ne perçoit
pas encore tous les risques liés non à l’incontournable mondialisation mais à
l’uniformisation rampante à laquelle nous sommes tous soumis sans en avoir
toujours conscience.
Pour revenir au prétexte de Babel déjà cité, nous vivons depuis les époques
les plus reculées dans un monde multilingue et multiculturel ; cette multitude des
langues et des cultures est un constat, et les langues recouvrent des situations
extrêmes de quelques milliers de locuteurs pour certaines, à plusieurs dizaines de
millions pour d’autres. La crispation des communautés sur leur langue « petite ou
grande » va-t-elle dans le sens de l’histoire ? Pour beaucoup d’individus cette
situation est considérée, voire ressentie comme une gêne à la communication, un
obstacle à la fraternité humaine, une source de conflit, car ils considèrent que les
cultures et les nations, antagonistes, se sont constituées et formées à partir des
langues, et certains vont même, avec des arguments à l’appui, jusqu’à démontrer
que cette diversité des langues est ressentie comme un châtiment ; cette référence
aux écritures n’est pas faite pour faciliter l’approche objective de cette
problématique.
Nous connaissons la tendance des langues à évoluer dans le temps, à
s’enrichir par des emprunts, par les échanges avec les autres langues, la
disparition des archaïsmes et la création de néologismes ; ce sont les
caractéristiques de toute langue vivante. Les langues ont aussi une tendance à
évoluer dans le temps en diverses formes dialectales ; c’est ainsi qu’au sein de
l’espace francophone nous connaissons plusieurs dizaines de « parlers français »
dont certains sont éloignés de la langue originelle. Il en est de même pour l’espace
anglophone avec ses multiples « parlers anglais », et pour d’autres espaces
géolinguistiques et géoéconomiques. Ces divers « parlers » ne sont-ils pas le
reflet et la manifestation des différences culturelles, des modes d’existence, des
lieux de vie ?
Le français possède une aptitude fondamentale à exprimer les concepts et les
symboles de la modernité, tout autant que l’anglais, pour peu qu’il sache de
nouveau créer des néologismes et des expressions dont les techniques et les
sciences ont besoin. Sa faiblesse est qu’il se voit obligé de nos jours d’intégrer de
nouveaux anglicismes dans son vocabulaire technique et scientifique ; ainsi il
révèle ses propres limites à l’universalisme ; c’est un anglais commun à tous qui
aujourd’hui joue de plus en plus ce rôle.
C’est bien de la diversité des langues et des cultures dont il s’agit, de la
légitimité de chacune d’entre elles, quelle que soit son importance numérique,
d’être respectée et conservée. La malédiction biblique n’est qu’apparente, la
diversité des langues est au contraire la source de la richesse culturelle de


l’humanité. La diversité

apparente ne doit pas cacher l’unité profonde de
l’humanité, et si les hommes communiquent avec des mots ils se comprennent
avec des idées qui sont véhiculées par les langues et qui transcendent toutes les
langues et toutes les cultures. Certes, pour certains, le développement des moyens
mondiaux de la communication sous ses multiples pratiques fait apparaître la
multiplicité des langues comme la survivance d’un héritage anachronique dans
l’actuel ordre mondial de la communication ; de ce constat, comment engager la
réalisation d’un nouvel ordre mondial de la communication ? Disposons-nous des
outils et des moyens de sa réalisation ?
Dans cette pensée Raymond Aron1 résume la bivalence de l’homme et de sa
langue : « La reconnaissance de l’humanité en tout homme a pour conséquence
immédiate la reconnaissance de la pluralité humaine. L’homme est l’être qui
parle mais il y a des milliers de langues. Quiconque oublie un des deux termes
retombe dans la barbarie. »
L’origine divine des langues est aujourd’hui battue en brèche. Avec Richard
Simon2 qui reprend les arguments de Grégoire de Nysse3 dans son « Histoire
critique du Vieux Testament » : « La langue est une invention humaine et puisque
la raison n’est pas la même chez tous les peuples, cela explique la différence entre
les langues. Dieu lui-même a voulu que les hommes parlassent des langues
différentes pour que chacun s’expliquât à sa façon. » Il est difficile d’imaginer une
langue adamique inaccessible ; au mieux nous pouvons espérer retrouver les
langues-mères à l’origine des familles de langues actuelles.
Bien avant Grégoire de Nysse, voici ce qu’écrivit Lucrèce dans « De la
nature des choses » au sujet de la naissance du langage : « … Par des gestes et des
sons inarticulés, on fit entendre que la justice et la pitié sont dues à la faiblesse.
Cependant la concorde ne pouvait naître également pour tous ; du moins la
meilleure et la plus grande partie s’asservit aux lois de ce pacte : sans cet accord,
les hommes se seraient dès lors anéantis, et leur race n’aurait pu se propager
jusqu’à nous, à travers les siècles…. » « … Ne crois pas qu’un seul homme ait à
son gré imposé des noms aux objets divers, et que les autres mortels reçussent de
lui les mots de son choix : rejette cette erreur : car, s’il a pu tout désigner avec sa
voix et produire les sons variés du langage, d’autres, doués des mêmes organes,
ont pu simultanément atteindre le même but…. »
Ainsi Lucrèce, en un prodigieux raccourci, trace l’aventure imaginaire de la
naissance de l’humanité ; même le langage, qui éloigne à jamais des premiers
instants supposés de son histoire, a sa source dans la volonté expresse de la
Nature, et admet l'origine sociale des langues, le phénomène social des langues.
1. Raymond Aron, Paris (14.03.1905 - 17.10.1983)
2. Richard Simon, Dieppe (1638 - 1712)
3. Grégoire de Nysse (Saint), évêque (Césarée et Cappadoce, v. 335 - Nysse v. 395)


Débat langues « naturelles » et

langues « artificielles »
Aucune langue parlée n'est « naturelle », mais est un phénomène social

sa

formation, son existence, son évolution, sa disparition, sont régies par des lois
sociales implicites au sein des sociétés humaines en constante évolution. La
distinction que nous rencontrons trop souvent dans des thèses diverses en
« langues naturelles » et « langues artificielles », s'agissant de langues parlées,
n'est scientifiquement pas recevable. Une langue parlée ne peut être une création
spontanée de la « nature » au même titre que des phénomènes tels que le vent, la
pluie.
Y a-t-il une limite au multilinguisme ?
Toutes les langues de la grande Europe sont des instruments indispensables de
culture et de rapprochement entre les hommes de l’Union ; elles sont des facteurs
importants de mutuelle compréhension et d'entente entre les peuples. La langue
française, à ce titre, répond plus que tout autre à ces qualités d'universalité. Sur un
plan plus pragmatique, ou moins prosaïque, la langue espagnole et la couverture
géographique qui la concerne en même temps que le nombre de ses locuteurs est
aussi très proche de ce qu'offre l'espace géolinguistique francophone. Il est utile de
profiter de ce que la plupart des langues européennes se rattache par tant de liens à
une même origine, et ainsi de bénéficier des résultats des études entreprises qui
permettent de reconstituer aisément une forme cherchée en employant sciemment
et sûrement les analogies que l'esprit, guidé par l'intuition, a l'habitude d'utiliser
inconsciemment.
La problématique que sous-tend la diversité des langues nécessite une
synthèse historique des tentatives qui s’échelonnèrent sur plusieurs siècles pour
promouvoir une langue universelle ; les motivations et l’aspect philosophique de
ces tentatives ne peuvent être occultés et doivent être abordés sous plusieurs
approches : linguistique, sociologique, culturelle, idéologique, philosophique,
religieuse.
Les langues et le plurilinguisme culturels sont à la fois une richesse et un
fardeau que tous nous devons assumer et gérer pour la survie de nos identités
plurielles au sein d’un espace qui reconnaît toutes les langues et assigne à chacune
d’elle sa fonction culturelle. C’est une des conditions et un défi pour construire
notre identité européenne avec ses multiples facettes. La langue est l’une des
expressions les plus évidentes de la nationalité et de la culture de celui qui la parle
et elle fait partie de la riche histoire de chaque nation. L’Union européenne accorde
beaucoup d’importance à la diversité. L’Union européenne encourage en outre
l’apprentissage des langues.


Chaque langue reflète une

réalité sociale définie ; elle sert pour l'expression
de la pensée et la communication interne du groupe social qui la parle et auquel
elle appartient, et joue dès lors un rôle essentiel pour la solidarité du groupe
social concerné en affirmant son identité particulière, sa cohésion. Ce faisant, la
langue d'un groupe social, ou groupe linguistique, isole en même temps ce
groupe des autres groupes linguistiques ; certains ne manquent pas, en face de ce
constat, d'évoquer la « malédiction de Babel ».
Cependant nous trouvons de nombreuses similitudes d'origine entre les
divers groupes, classés en groupes linguistiques.
Les besoins de plus en plus complexes et nombreux des sociétés humaines
modernes multiplient la division du travail et des activités spécifiques avec la
création de termes et d'expressions particulières à chaque spécialité qui très
souvent ne sont pas connus ou sont peu connus à l'extérieur d'une spécialité. À
ceci s'ajoutent les expressions et les termes particuliers pour satisfaire à des
activités multiples, culturelles et sportives. Nous assistons ainsi à la création de
langages spécialisés et spécifiques à l'intérieur des langues.
Les besoins d'expression de l'âme humaine ne changent pas selon le support
linguistique utilisé ; ils restent constamment identiques et croissent en même
temps que la culture. Il est donc très raisonnable de supposer que ces besoins
appellent nécessairement des remèdes permettant d'atteindre au plein
contentement de tous les hommes qui aspirent aux mêmes satisfactions
affectives et spirituelles.
Est-il sérieux de proposer à tous une langue commune ?
Mais quelle langue commune ?
Quelles réponses possibles ?
Pour y parvenir, nous pouvons au mieux envisager une langue de
communication auxiliaire commune, neutre, qui respecterait toutes les langues et
toutes les cultures du monde ; il convient dès lors de définir les contours et la
structure d’une telle langue, mais une telle langue est-elle possible, est-elle
souhaitable, existe-t-elle ? Si elle existe, peut-elle, ou pourra-t-elle répondre à tous
les besoins multiformes et complexes de la communication ? Comment dès lors
peut-elle s’insérer dans l’actuel ordre mondial de la communication et y participer,
l’ouvrir à toutes les cultures et à toutes les langues du monde, à tous les hommes
pour leur permettre de s’exprimer d’une seule voix au coeur de l’incontournable
multilinguisme ?


Depuis très longtemps les hommes

se plaisent à rêver d’une humanité
fraternelle, garantissant une paix éternelle grâce à une langue commune à tous.
Une telle langue pour l’ensemble de l’humanité, en favorisant le dialogue, serait,
affirment ses partisans, un pas décisif vers la paix. Mais en sont-ils vraiment
sûrs ? Pouvons-nous en être vraiment certains ? Pouvons-nous l’affirmer ?
Comme indiqué plus haut, le rêve d’une langue « unique » pour l’ensemble
de l’humanité, supposé favoriser le dialogue serait, de l’affirmation de ses
partisans, un pas décisif vers la paix. Le concept de langue « unique », qui
suppose « une humanité, une langue », reste, de l’opinion générale, et à juste titre,
illusoire, utopique, puisqu’il proposerait une uniformisation culturelle et
linguistique en ignorant les cultures et les langues, et provoquerait dès lors par
une pensée unique une situation dangereuse : il ne peut, il ne doit exister une
langue universelle ou unique imposable à tous, ceci s’appliquant aussi bien à
l’anglais qu’au français. « Si nous parlons tous la même langue, sommes-nous
sûrs d’avoir encore quelque chose à nous dire ? Il serait dommage que la
richesse, la diversité du projet européen soient passées au rouleau compresseur
du monolinguisme » (Louis-Jean Calvet. Pour une écologie des langues du monde. Plon,
1999). Babel, une malédiction, ou au contraire une grande et ambitieuse entreprise
pour l’humanité toute entière qui n’a pu aboutir faute d’un langage propre à être
entendu et compris de tous les bâtisseurs ? L’humanité aujourd’hui est-elle prête à
entendre et comprendre un tel langage ? Voilà pour le moins une interrogation à
laquelle ils sont peu nombreux ceux qui seront en mesure de proposer un élément
de réponse ; ils sont encore moins nombreux à s’y aventurer.
L’espéranto, que certains proposent comme langue internationale et comme
langue européenne de travail commune ou auxiliaire, neutre, pourrait-il
répondre à cette interrogation ? Pour ceux qui l’ignorent encore, l’espéranto est
une langue bien vivante, elle existe, elle fonctionne : elle est lue, elle est écrite,
elle est parlée, elle est utilisée chaque jour par beaucoup plus d’hommes et de
femmes que mainte autre langue ou maint autre dialecte vivant, et tous ceux qui
en usent, et je suis de ceux là, si diverses que soient leurs langues nationales ou
maternelles, en usent de la même façon. L’espéranto compte des locuteurs dans
120 pays dans le monde et environ 5 à 10 millions de locuteurs parlent cette
« langue ». On estime en France qu’une personne sur 1 000 la connaît. Chaque
année dans plusieurs pays se déroulent des congrès internationaux, des
conférences internationales spécialisées, qui réunissent plusieurs centaines de
participants dans tous les secteurs de la vie. Il ne se passe pas une semaine sans
que, quelque part, dans le monde, une réunion de travail utilise cette langue
pour traiter les thèmes multiples de la vie, y compris des réunions techniques et
scientifiques. Les orateurs qui se succèdent à la tribune s’expriment tous dans


une même langue immédiatement

comprise de tous les participants, lesquels
dialoguent ensuite avec les orateurs, les répliques fusent immédiatement sans
interprétation, sans risque d’erreur, sans perte de temps, dans une ambiance
pleine d’animation, de vie, de naturel. Pour autant est-il raisonnable de proposer
que cette langue soit « imposée » à tous ? Certainement pas : elle ne peut au
mieux qu'être proposée en libre choix dans un cadre qui permette à chacun de
prendre sa décision, chacun devant conserver la liberté de choix d'une ou mieux
de plusieurs langues.
S’agissant de l’espéranto, langue internationale construite, planifiée, neutre,
ses partisans affirment que c'est un incomparable instrument de communication
inter-ethnique ; ce qu’elle est de fait. La langue espéranto offre aux linguistes
une occasion intéressante de contrôler plusieurs hypothèses ; rien que pour cela,
elle devrait les intéresser comme un phénomène observable objectivement,
constituer un véritable sujet d'étude. Plusieurs ces dernières années s’y sont
intéressés.
Disposons-nous d’une partie importante de la réponse ? Si oui, alors rien ne
s’oppose à ce que cette proposition soit plus approfondie, étudiée avec sérieux.
Ce faisant, nous devons nous garder d'un risque de planification et
d'uniformisation qui auraient des effets plus négatifs que positifs ; gardons-nous
d'un monde calibré, mesuré, encadré et bien ennuyeux, où la pensée serait
unifiée et surveillée. Il en irait de l'avenir de nos démocraties et de nos cultures
avec l'acculturation de la société et des communautés. En effet, il est intéressant
de noter que les barrières de langue n’ont jamais constitué un véritable obstacle
au développement des échanges entre les peuples au cours des siècles ; ce
constat est à même de nous orienter dans notre recherche pour construire un
ordre mondial satisfaisant de la communication linguistique.
C'est par la langue que surgit la conscience profonde d'une société, c'est par
elle que s'exprime son inconscient, et ce discours d'espoir, de plainte et de regret
qui traduit son regard sur sa réalité et son environnement culturel, social et
humain. Mais la langue est aussi un enjeu de pouvoir : si elle représente la
première figure de la loi, elle est aussi saisie, voire manipulée par le pouvoir
politique qui sait qu'elle donne accès aux imaginaires collectifs. Réfléchir sur la
langue dans ces conditions, c'est ne pas la considérer seulement comme un outil
de communication, mais aussi comme un moyen d'expression, renvoyant à un
imaginaire et à un inconscient collectif.


Une langue qui se fige est une

langue qui se meurt
« … C’est en vain que nos Josués littéraires crient à la langue de s’arrêter ; les
langues ni le soleil ne s’arrêtent plus. Le jour où elle se fixent, c’est qu’elles
meurent... ». (Victor Hugo, dans la préface de Cromwell).
Quelles réponses pour une Union européenne cohérente et forte ?
Outre Atlantique, nous connaissons les ambitions d’empire et la puissance
des USA avec les constats suivants : c’est une puissance qui va s’exercer,
estiment les experts les plus documentés, dans les cinq secteurs essentiels pour
les prochaines décennies : Politique, - Militaire, - Scientifique, - Économique, -
Culturel.
Si nous regardons vers l’Est, nous devons admettre une future puissance
orientale homogène du point de vue spirituel, culturel et linguistique qui a su
intégrer tous les aspects de l’économie de marché, nos techniques et nos
sciences, sans pour autant adopter notre culture que jamais ils n’adopteront. Il
faut y ajouter l’Inde. Ces espaces orientaux défendront bec et ongle leurs
cultures et leurs langues.
D’ici peu de temps, l’Union européenne, si elle ne renforce pas sa cohésion
pour s’exprimer fort et d’une seule voix, risque d’apparaître bien isolée et
démunie ; il faut aller plus loin que l’Euro, qui certes réalise un équilibre
monétaire et a été un puissant intégrateur et régulateur économique, stabilisateur,
fédérateur, mais ce ne peut être le seul outil technique qui satisfait le seul aspect
du marché et de l’économique. C’est bien un outil institutionnel équilibré qu’il
nous faut construire ensemble, mais cette voie difficile semble aujourd’hui
engagée. Sans l’émergence d’une forte identité européenne, l’exercice d’une
vraie citoyenneté européenne, malgré les progrès réalisés depuis plus de 50 ans
et l’espace de paix réalisé, notre Union connaîtra des difficultés qu’elle devra
dépasser par la participation de fait de toutes ses forces vives, c’est-à-dire, de ses
ressortissants. C’est en définitive par la construction d’une démocratie
européenne active et participative que nous y parviendrons.
Cette démocratie européenne active et participative, tant souhaitable et tant
souhaitée, implique pour chaque ressortissant la réalité et l’exercice de plein
droit de son identité européenne, l’émergence de la conscience d’une forte
citoyenneté européenne dans la pluralité linguistique et culturelle, selon la chère
devise des européens : unie dans la diversité.


L'Europe, un espace pour agir

dans le monde
(Texte remis aux participants de la conférence du 28 septembre 2005 à Limoges)
L'Europe, c'est notre interrogation... L’Europe, c’est un carrefour où se
rencontrent des personnes d’origines diverses, de langues et de cultures diverses,
cadres de l’enseignement et de la recherche, du secteur public et du secteur
privé, de l’industrie, mus par une même quête, celle de la construction
européenne. Tous ont la conscience que cette construction, quelle qu’en soit la
forme institutionnelle, est la seule voie porteuse de renaissance et d’avenir pour
les nations européennes. C'est l'espace au moyen duquel les nations européennes
peuvent agir efficacement dans le monde. Dans ce dessein, certains pays
européens, la France et l’Allemagne notamment, ont une mission historique
qu’ils doivent assumer sans s’imposer. L’objectif de l’Union européenne est
d'être un lieu d'échanges pour développer la conscience d’une identité
européenne, une authentique citoyenneté européenne, selon la divise de
l’Union : unie dans la diversité. Dans sa dimension historique, l'Europe ne se
conçoit pas sans la conscience de ses racines, notamment les civilisations
méditerranéennes, son berceau. Dans sa dimension contemporaine, les nations
d'Europe partagent la plupart des problèmes qui se posent aux sociétés
industrielles. Elles partagent également des valeurs universelles. Dans sa
dimension internationale, l'Europe est au coeur des problèmes mondiaux de
commerce, de développement et d'environnement.
L’élargissement de l’Union européenne à 25 États a eu lieu le 1er mai 2004.
Les questions linguistiques sont à présent au coeur des problèmes géopolitiques
de ses 450 millions de citoyens. Nous devons examiner les points de vue et les
solutions proposés par d’éminents spécialistes internationaux, sur les débats
d’actualité, l’affaire des brevets européens, la place des langues minoritaires, le
dialogue Nord-Sud, le statut des langues officielles et de travail, les questions de
traductions et d’interprétation dans les institutions communautaires, le plan
d’action intergouvernementale pour la défense du français… Quels choix
nécessaires doit accomplir l’Union européenne ?
Le problème linguistique est une de ces questions pour lesquelles la
pression des forces économiques, politiques et culturelles laisse une faible place
à toute manifestation de volonté, alors qu’il s’agit d’une des grandes questions
du siècle. Ceci est tellement vrai que le Conseil et le Parlement européens ont
fait de l’année 2001 l’année des langues en Europe. Au-delà de l’aspect
linguistique, parfois mal compris, il faut comprendre que l’enjeu est
essentiellement culturel. Or, qui osera affirmer aujourd’hui que l’Europe puisse
exister si elle n’est pas portée, non seulement par des intérêts politiques
fondamentaux, mais aussi par un puissant mouvement culturel. Il convient dès


lors d’envisager les contours du

point de vue des motifs, des objectifs, de
l’organisation et des modalités de la gestion du multilinguisme.
Il n’est pas possible de considérer la langue comme un pur médium de nature
à transmettre n’importe quel type de message d’une façon standardisée. Une
langue, toute langue, véhicule bien autre chose qu’un discours efficace. La
question de la langue est essentielle pour de nombreuses raisons parmi lesquelles
on peut mettre l’accent sur les suivantes :
- La langue est l’accès privilégié à toute culture. La traduction n’est jamais
parfaite et ne remplace pas l’accès direct aux écrits dans la langue d’origine. Elle
n’est jamais exhaustive. La non diffusion d’une langue entraîne la non diffusion
de ces oeuvres. Sa disparition entraîne de facto la disparition de celles-ci.
- La langue, parce qu’elle est porteuse d’une culture, est indissociable d’une
vision du monde. Or, celle-ci ne peut être unique.
- La langue est un moyen de communication. Entre deux locuteurs de langues
différentes la déperdition de la qualité du message est inéluctable quand chacun
des locuteurs parle la langue de l’autre. Pour un niveau de compétence en
langue déterminé, elle est beaucoup plus forte quand la communication
s’effectue par l’intermédiaire d’une troisième langue.
- Les destins des langues est lié à leur valeur d’usage. Face à une vision
dominante de la mondialisation tendant vers un bilinguisme bâtard, il faut
pouvoir affirmer la supériorité et la richesse du multilinguisme.
- « Le plurilinguisme contribue à éviter que des individus soient exclus de la
communauté civile et que notre société devienne un conglomérat de groupes se
renfermant sur eux-mêmes. Réalisons alors l’égalité des chances pour toutes et
pour tous ». Apprendre des langues, c’est dire « oui » au respect et à
l’enrichissement mutuel. Plurilinguisme et apprentissage = construire et gérer
une compétence plurilingue.
- Parce que la langue est indissociable de la puissance politique et économique,
parce qu’historiquement il n’y a pas d’exception à ce constat, il n’y a aucune
raison objective pour qu’il en aille autrement dans l’avenir.
- Le plurilinguisme est une condition et une finalité essentielle de la citoyenneté
démocratique en ce qu’il est, en Europe, la seule forme acceptable de
communication dans l’espace du débat public et une valeur fondant la tolérance
et l’acceptation de la différence et des minorités, quel qu’en soit le statut. La
diversité culturelle et le plurilinguisme sont ainsi une composante fondamentale
de l’identité européenne et sont indissociables de toute citoyenneté européenne
active.


- La biodiversité devient une

préoccupation mondiale majeure. À l’heure d’une
mondialisation ambiguë, la diversité culturelle et linguistique ne doit-elle pas
occuper une place similaire ? Les deux questions ne sont-elles pas d’ailleurs
indissociables ?
Pour ces raisons qui ne prétendent pas épuiser le sujet, la question
linguistique ne peut laisser indifférent. Son extraordinaire complexité ne saurait
justifier l’abstention.
Le débat au sein de l’Union porte et portera de plus en plus sur les quatre
sujets suivants :
- langues officielles et langues de travail dans les institutions européennes,
- l’enseignement des langues, le multilinguisme au quotidien,
- le problème des langues dites régionales et des langues minoritaires,
- le plurilinguisme comme valeur économique et comme valeur culturelle.
Chacun de ces domaines peut lui-même se décliner en sous-thèmes.
Les langues officielles de l’Union européenne sont les langues de
communication des institutions de l’Union européenne. Ces langues, au
nombre de vingt, comptent le danois, le néerlandais, l’anglais, le finnois, le
français, l’allemand, le grec, l’italien, le portugais, l’espagnol et le suédois,
auxquelles se sont ajoutées le 1er mai 2004 le polonais, le letton, l’estonien, le
lituanien, le tchèque, le slovaque, le hongrois, le slovène et le maltais. À partir
du 1er janvier 2007, l’irlandais qui a un statut particulier deviendra une langue
de travail (sans devenir pour autant une langue officielle à part entière). En
revanche, le bulgare et le roumain deviendront langues officielles lors de
l’adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie à l’Union européenne.
Le galéique, langue nationale d’Irlande, s’est vu reconnaître, le lundi 29
août 2005, le statut de langue officielle de l’Union européenne.
Pays candidats : Bulgarie, Croatie, Roumanie, Turquie.
Autres pays européens : Albanie, Ancienne République yougoslave de
Macédoine, Andorre, Biélorussie, Bosnie-Herzégovine, Islande, Liechtenstein,
Moldavie, Monaco, Norvège, Russie, Saint-Marin, Serbie et Monténégro,
Suisse, Ukraine, Vatican.


Lors de la conférence de Roland

Breton, à Limoges, le 28 septembre 2005, à
l’auditorium de la Bibliothèque Francophone Multimédia, en introduction
Raymond Gueguen a rappelé les 20 langues officielles de l’Union européenne,
les 40 langues utilisées dans l’espace de la grande Europe. Il a indiqué en outre
que la traduction des documents vers les 20 langues officielles était une
obligation pour les institutions européennes afin que tous les textes soient
accessibles à égalité pour tous les citoyens de l’Union. Le coût estimé des
services linguistiques des institutions se chiffre par an à 3 euros par citoyen (450
millions de citoyens au sein de l’Union) ; coût relativement peu élevé par
rapport au budget global qui se chiffre à 116 milliards d’euros pour 2005.
Lors des débats qui ont suivi les exposés de Roland Breton, sur la question
de la langue pivot actuellement proposée, à savoir l’anglais, un auditeur non
espérantiste a posé la question : « Pourquoi pas l’espéranto ? ». Roland Breton
répond que quoique non espérantiste, il connaît très bien l’espéranto ; il ajoute
que cette langue auxiliaire neutre conviendrait très bien pour être cette langue
pivot, qu’elle en possède toutes les qualités, qu’elle possède un potentiel fort
pour l’avenir. Mais il appartient aux espérantistes de le faire valoir et de le faire
savoir.
Comment interpréter cette réponse de Roland Breton qui pose ainsi
plusieurs autres questions ? Quelle doit être l’action, ou l’attitude des
espérantistes ?
Ce faisant, la réponse à la question du choix de la langue pivot ne
dispensera pas pour autant de l’obligation de traduire tous les documents vers les
langues officielles, mais serait, semble-t-il, de nature à faciliter l’interprétation,
la communication directe entre les intervenants.
À la fin de la conférence, Roland Breton s’est entretenu avec des
participants et a dédicacé ses ouvrages, dont « L’Atlas des langues du monde ».
Qui est Roland Breton ?
Professeur émérite de géographie de Paris VIII.
Spécialiste des problèmes de politique linguistique à travers le monde.
Auteur outre de « L’Atlas des langues du monde », de nombreux ouvrages de
sociopolitique, sociolinguistique, ethnopolitique, et ethnolinguistique.


Bibliographie de référence

· Atlas des langues du monde. Une pluralité fragile. Roland Breton. 2003.
Éditions Autrement, Paris.
· Géographie des langues. Roland Breton. 1976. PUF Que sais-je ? Nr 1648.
· Les ethnies. Roland Breton. 1981. PUF Que sais-je ? Nr 1924.
· Géographie des civilisations. Roland Breton. 1991. PUF Que sais-je ?
Nr 2317.
· Langues sans frontières. À la découverte des langues d’Europe. Georges
Kersaudy. 2001. Éditions Autrement, Paris.
· Halte à la mort des langues. Claude Hagège. 2001. Éditons Odile Jacob,
Paris.
· Les politiques linguistiques. Louis-Jean Calvet. 1996. PUF Que sais-je ?
Nr 3075.
· La sociolinguistique. Louis-Jean Calvet. 1993. PUF Que sais-je ? Nr 2731.
· L’Europe des 25, une histoire. 2004. Recueil d’articles du journal Le
Monde, édité par E.J.L., Paris, collection Librio. (Disponible dans les
grandes surfaces).
· Thème général proposé aux Assises européennes du plurilinguisme.
Paris 24 et 25 novembre 2005. Note d’orientation.
· De nombreuses langues, une seule famille. Les langues dans l’Union
européenne. Édité par l’Office des publications de la Commission
européenne. Disponible dans les Maisons de l’Europe et les bureaux
Europe-Direct, tous les relais d’information de l’Union européenne.


Maison de

l'Europe en Limousin - Europe Direct
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http://europa.eu.int/comm/relays/ed_fr.htm